IL ÉTAIT UNE FOIS UN MOT

IL ÉTAIT UNE FOIS UN MOT

février 11, 2019 0 Par Diane Gingras

JARGON

Plus jeune, ma soeur et moi avions appris un jargon. Il nous servait quand on ne voulait pas que notre mère comprenne notre conversation. Il s’agissait d’ajouter «ergue ou eregue» entre les syllabes d’un mot. Ce qui fait que le mot allons devenait «alrgalonrguon». Facile hein! Et on pouvait se partager des secrets au nez de notre maman qui ne comprenait rien bien entendu. Pour elle ce n’était que des sons étranges qui n’avaient aucune signification. Elle était exclue de notre mini société parce qu’elle ne détenait pas le code.

LANGUE ÉTRANGÈRE

Pour ma part, c’est la même chose quand j’entends une langue étrangère. Les mots ressemblent à un jargon dont je ne connais pas le code. Ces étrangers se parlent entre eux, ils s’entendent bien, ils rient. Diantre! Que se disent-ils ? Je veux comprendre. Pour y arriver je n’ai pas d’autres choix que d’apprendre leur langue.

COMMUNICATION

Il était une fois un mot. Venez découvrir le premier mot prononcé par un humain.

Mais pour un instant, suivez-moi et retournons dans le passé. Posons nous une question : qu’en était-il de nos ancêtres préhistoriques ? Eux qui ne parlaient pas encore. Leurs communications devaient être difficiles et porter souvent à confusion. Les gestes, les mimiques, les bruits de gorge devenaient leurs seules façons de s’exprimer tout comme les animaux.

UN MOT

On devine sans difficulté qu’un premier mot a dû être prononcé et que les autres l’ont répété. La suite on la connaît. Les humains ont compris que les mots étaient beaucoup plus pratiques pour les transactions. Dès lors, c’est avec plus de succès qu’ils transmettaient leurs idées aux autres et surtout de façon moins équivoque. Avec ces prémisses, j’imagine comment s’est passé autrefois la première «conversation».

IL ÉTAIT UNE FOIS

Nous l’appellerons Pierre. Bien oui parce qu’on est à l’âge de pierre LOL. Sa femme, elle, porte le joli nom de Précieuse. Tous les deux vont ensemble ramasser du bois. Pierre ramène les gros morceaux lourds et Précieuse les petites branches. Ils ont déjà un bon gros tas dans le coin de la caverne. Ils vont y déposer leur fardeau par-dessus comme ils le font deux fois par jour, à chaque jour.

Habituellement Pierre dépose tout de suite, dans le feu qui brûle déjà, un des gros billots qu’il a rapporté. Il est le gardien du feu et doit l’alimenter toute la journée pour ne pas le perdre. Cette fois-ci il a oublié à cause d’une grosse écharde au doigt. Il est concentré sur sa douleur et son problème.

TOUT LE MONDE DORT

Pendant ce temps Précieuse cuisine un gros rat pour les enfants et ne voit pas Pierre s’endormir la tête sur une roche. Après ce délicieux repas, les deux enfants repus et elle-même tombent presque aussitôt endormis. Les heures s’écoulent et tout est calme. La famille entière est couchée à même le sol qui a été recouvert d’un peau de mammouth au préalable pour un meilleur confort. De plus chaque membre de ce mini clan se protège du froid avec sa peau de lion personnelle.

Aucun bruit, pas même celui du feu…..HAAAAA , Nooonn !! le feu. Il est éteint. Depuis plusieurs heures, tous collés en cuillère, ils sont au chaud et ne réalisent pas qu’il viennent de perdre leur précieuse source de chaleur et de lumière.

Pierre est le premier à se réveiller. Les yeux à peine ouverts, il s’aperçoit du désastre. Il a froid. Dehors il neige et le jour commence à poindre. Déjà il imagine sa femme et ses enfants souffrir et pleurer par sa faute. Il y a plusieurs lunes, son frère lui a donné en cadeau une torche allumée. Pierre avait ramené le feu dans leur foyer et s’en occupait comme de la prunelle de ses yeux. Il ne fallait surtout pas le laisser s’éteindre. Pour la triste raison qu’il ne sait pas faire un feu.

FFF…..FFF…

Pierre s’approche du mort dépourvu de braise. Il n’est plus animé, il est totalement consumé. Le jeune papa sent des sueurs froides couler dans son dos. Oui, il fait froid et un petit nuage de brume sort de sa bouche quand il souffle sur les cendres pour essayer de ressusciter le défunt. «FFF….FFF….FFF…..Fee…Feee…» Précieuse se réveille, se lève et s’approche de lui. Elle le regarde les yeux écarquillés. Elle vient de comprendre pourquoi la température est maintenant si basse dans leur habitation. Pierre lui mime ce qui s’est passé. À la toute fin, il lui montre comment il a voulu ranimer les cendres. À genoux devant le feu, Il fait FFF…FFee…Feee…Feeuu. Le son «feu» sort de sa bouche. Précieuse le répète après lui. Ils se comprennent.

PARLER LE PREMIER

Maintenant, ils n’ont pas d’autres solutions. Toute la troupe doit aller à la caverne de son frère à 20 lieux de là pour avoir une autre torche allumée. Chemin faisant, ils rencontrent des étrangers. Ces dernier les regardent et attendent. Pierre décide de «parler» le premier. Et c’est bien sûr avec des gestes qu’il leur mime la scène du matin. Les spectateurs devant lui ne le comprennent pas. Il poursuit avec sérieux sa charade et c’est là qu’il prononce le son «ffeeuu». Les hommes intrigués le fixent et essayent de comprendre. Ils répètent après lui le son ffeeuu qu’il vient d’émettre. Pierre dit encore ffeeuu et eux répètent encore ffeeuu.

Précieuse sourit et les enfants rient. La communication est établie. Les inconnus les invitent dans leur caverne et leur montre le foyer qui crépite avec bruit. Pierre fait un signe de la tête qui veut dire oui. Ses nouveaux amis lui donnent une torche bien enflammée où le feu brûle joyeusement .

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F COMME DANS FEU

Un fait étonnant le mot feu commence aussi par un «f»dans plusieurs langues. La similitude est surprenante : En espagnol fuego, en anglais fire, en espéranto fajro, en portugais fogo, en allemand feuer

POUR SE COMPRENDRE

Au final apprendre la langue de l’autre permet d’entrer dans son monde. C’est tellement moins frustrant quand on peut se comprendre. Saviez-vous que les Inuits ont une douzaine de mots pour décrire la neige et dix pour la glace. Quelle richesse phonétique. Pour moi c’est ça la beauté des mots. Je peux voyager dans leurs univers lointains juste par leurs expressions, leurs dialectes. Bien sûr l’idéal serait d’avoir une seule langue universelle. On pourrait l’appeler la langue «terrienne». Ce miracle n’est pas pour demain et c’est pour cela qu’il faut apprendre d’autres langues. Ce geste vers l’autre nous donne accès à toute la richesse de leurs mondes.

VOS NEURONES

Apprenez une langue étrangère et gardez vos neurones en santé. La science a déjà prouvé que c’est bon pour la santé de notre cerveau. Laissez-vous chatouiller les oreilles avec des sons inconnus et découvrez leurs significations. Votre esprit de plus en plus ouvert vous remerciera pour cette expansion.

Écrivainement vôtre

Diane Gingras

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