J’SUIS TANNÉE D’ALLER… au salon funéraire

Quatre-vingt-huit ans et quarante-neuf ans

Pourquoi je parle de ça, et bien je suis allée très souvent  salon funéraire et je suis tannée.  Toutefois je sais bien que je vais y retourner encore et encore.  Il faut m’y résoudre.

On sait qu’on ne sait jamais

Mais aussi parce que ce matin j’étais au gym et j’ai fait la rencontre d’une gentille dame âgée.  Je veux rester en forme comme elle.  C’est sûr, mieux vaut être en bonne santé physique et mentale pour en profiter peu importe la quantité d’années qu’il nous est allouées.  On ne sait jamais quand la Vie va finir.

Comme un couperet

Et puis, il y a trois semaines, un homme de 49 ans a pris une semaine de congé, il se sentait fatigué.  Quand il est allé voir son médecin, ce dernier lui a appris qu’il avait un cancer.  Sans tarder, il a passé tous les examens.  Deux semaines plus tard, la mauvaise nouvelle tombe comme un couperet.  Le médecin l’informe à regret qu’il ne peut plus rien faire pour lui.  Quel choc!

C’est là qu’arrive la femme de 88 ans qui commence à me parler.  Cela à peine quelques minutes après avoir appris cette déplorable nouvelle par mon conjoint.  Encore toute sa tête et elle s’entraîne 30 minutes deux fois par semaine au même gym que moi.  De plus elle ne semble pas prête à partir.   La femme âgée me parle pendant plusieurs minutes.  Tout en la regardant et l’écoutant je pense intérieurement : «Pourquoi un va partir et pas l’autre».  Alors ça fait réfléchir même si bien entendu c’est pas nous qui décide.

Voici donc ma petite histoire sur ce qui nous attend tous un jour : «La Mort» qu’on le veille ou non.   Et comment j’y ai fait face trop souvent.

À 6 ans

Déjà à 6 ans mon père m’amenait au salon funéraire avec lui.  Ma grande soeur ne voulait pas y aller, elle avait peur des morts.   Bon, moi aussi mais il semblerait que j’étais plus brave. Les cinq autres enfants étaient trop petits pour l’accompagner.

Par conséquent cette tâche indigne d’un enfant de mon âge retombait souvent sur mes frêles épaules.

Mon paternel n’avait pas peur des morts.  Lui y touchait et me disait de faire pareil.  J’observait la dépouille et j’avais peur que le cadavre bouge car je croyais qu’elle respirait. C’est alors qu’il m’expliqua que c’était mes respirations qui faisaient bouger mon propre corps. Allez je vais faire semblant d’y croire mais il est mieux de rester bien couché dans son cercueil sinon je fais une crise de coeur. De toutes évidences, ses demandes m’ont amadouée avec cette chose étrange et incompréhensible qu’est une personne décédée.  De toutes façons j’étais pour y être confrontée un jour ou l’autre.  Autant être préparé se disait-il probablement.

Photo de la mort

Pour mémoriser le tout, mon père prenait une photo de la tombe avec moi et lui à côté.  Plus tard, cela me rappelait à tout coup de lugubres souvenirs quand je les revoyais.

Par la suite depuis ce «doux temps» de mon enfance où la mort était une évidence encore très loin, il y a eu des centaines de fois où je suis retournée au salon funéraire.

Mais à bien considérer les choses, je me suis finalement habituée à ce spectacle immobile à force d’aller voir des dépouilles mortelles. 

Partis trop tôt

Par contre, il y en a eu de très touchantes.  Comme la fois où mon petit cousin de 5 ans était exposé dans la chambre de ses parents dans la maison.  Une petite tombe blanche avec un chérubin couché dedans.  Quel tristesse.  Tout le village était en choc.  Son grand frère les avait déjà quittés quelques années auparavant ainsi que son père et un autre de ses frères après lui.

Un sourire disparu

En parlant de ce dernier, lors de la visite au salon mortuaire, mon aînée et moi étions ébranlées.  Mon cousin de 21 ans avait eu un accident de voiture.  Ma grande soeur disait que ce n’était pas lui car il ne souriait pas.  Parce que notre cousin préféré avait toujours le sourire de son vivant!

Exposée dans la maison

Voici un autre exemple d’un ami qui a perdu sa soeur, une jeune fille de 17 ans morte de leucémie.  Le cercueil avait été exposé dans le salon de la maison familiale.  On lui avait donné comme tâche ingrate d’aller fermer la lampe sur pied près d’où la tombe était placée.  Donc il le faisait mais il avait très peur d’être seul avec le corps une fois la lumière éteinte.  Ce qui fait qu’il repartait en vitesse de la pièce.  Mais malheur, il se cogna la tête en se relevant et le tombeau bougea un peu.  Par chance pas trop, mais assez pour épouvanter un enfant de 14 ans.

Tant mieux cela a changé

Maintenant, nos regrettés sont exposés dans des salons funéraires et c’est très bien ainsi.  D’ailleurs de nos jours les visites à ceux qui nous ont quittés sont limitées à un jour au lieu de trois comme autrefois.  Probablement que ça aussi c’est apprécié par tous.  Sauf votre respect, on veut pas un mort dans notre maison et non plus que ça dure trois jours.

Quoi qu’il en soit, même si c’est juste une journée,  il faut parfois y aller.  Du moins pour les vivants qui restent avec leur peine vis-à-vis du disparu.

Mourir devant mes yeux

Bien que je sois «trop souvent» aller au salon funéraire, et que je n’en peux plus, j’ai vécu aussi d’autres moments uniques à propos de la mort.

En particulier plusieurs personnes que j’ai vu mourir devant mes yeux avant d’aller à leurs funérailles.  Entre autre le père de mon ex qui a rendu l’âme à mes côtés, dans son lit d’hôpital.  Nous étions deux, mon beau-frère et moi.  Alors on s’est regardés incertains devant le corps immobile.  Mais voilà c’était bien fini, plus rien.

Par respect pour le défunt

Également ceux que j’ai vu quelques heures ou quelques minutes après leur départ pour le grand voyage.  Comme l’adoré par tous, deuxième mari de ma mère il y a quelques années.

Déjà mort depuis deux heures mais encore dans son lit d’hôpital quand je suis arrivée.  Mon beau-père était resté la bouche grande ouverte pour prendre son dernier grand respire.  Il était figé dans cette pose épeurante.  Et c’est comme ça que je l’ai vu.  J’ai eu envie de fermer sa mâchoire face à ce malheureux  spectacle qui nous laisserait un mauvais souvenir.  Mais par respect pour le défunt et les personnes présentes, je n’ai rien fait.

À peine 21 ans

Pourtant des années auparavant, j’avais eu à le faire avec mon ex-belle-mère.  Nous avions une religieuse et moi préparé son corps pour l’embaumeur quelques heures après son décès dans son lit à la maison.  J’avais à peine 21 ans.  Pas un de ses 5 enfants ne voulait le faire et ils m’ont désignée majoritairement pour aider.

J’ai touché la «Mort»

À ce moment, j’ai vu la Mort de très proche, je peux vous le dire.  Même si j’étais complètement dans un autre monde j’ai eu une grande frousse.  Pendant qu’on lavait son corps on devait la tourner sur le côté pour enlever sa robe de nuit.  Tout en le faisant, de l’air resté dans ses poumons a provoqué un bruit de râlement en sortant.  Aille, j’ai sursauté!  Par chance j’en avais déjà entendu parler et j’ai continué mon travail d’intouchables avec grand respect. Des jours plus tard je regardais mes mains, je les observais avec un esprit paralysé et encore sous le choc. Elles m’apparaissaient comme une partie de moi qui un jour ne serait plus là non plus. Dans le fond, je me disais peut-être que mon corps n’était pas «moi» mais plutôt mon véhicule sur la terre!

Dans les dernières années, J’ai eu plusieurs décès dans mon entourage immédiat.  Des regrettés disparus, partis pour l’au-delà ou quelques parts comme ça.

Mon petit frère

À vrai dire, jusqu’à maintenant, ce qui m’a le plus marquée, c’est sûrement la mort prématurée de mon petit frère .  Il s’est fait happé par une auto et est mort sur le coup.  Au coeur de sa vie, il avait à peine 46 ans.   Difficile d’accepter et c’est pourquoi je ne le croyais tout juste pas.  Longtemps près de son cercueil je suis restée à lui toucher le visage, les cheveux et la poitrine.  Sa forme physique demeurait vide.  Là je saisissais plus que jamais la différence entre le fond et la forme.  Mise à part le corps froid, inanimé que je reconnaissais,  ce n’était pas lui car il ne souriait pas non plus…

Merci de m’avoir lu.

En terminant, avez-vous aussi une histoire à raconter ? Sentez-vous libre de la partager .  Ça pourrait faire un bon article à lire pour tous.


Écrivainement vôtre

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